Comment WandaVision s’est enfermée dans son propre piège

Une série de
Jac Schaeffer
Sortie
15 janvier 2021
Diffusion
Disney+

Annoncée en avril 2019, dans un monde sans masque ni Disney+, WandaVision n’a jamais caché ses ambitions. Nouveau porte-étendard d’un service de streaming reposant jusqu’alors sur The Mandalorian, son épisode final mis en ligne ce vendredi a rendu les serveurs de Disney+ indisponibles durant une grande partie de la matinée. Un engouement qui ne cesse de prendre de l’ampleur depuis la diffusion du premier épisode, le 15 janvier dernier.

Derrière ce succès exceptionnel se cache Jac Schaeffer, créatrice de la série à la carrière assez récente, et dont l’entrée dans l’univers Marvel en tant que co-scénariste sur Captain Marvel s’était pourtant soldée par un résultat en demi-teinte.

Attention, la suite de l’article contient des spoilers sur l’intégralité de WandaVision.

Qui n’a pas rêvé de pouvoir revenir sur le passé, de quelque façon que ce soit ? S’agissant du deuil, la réaction est d’autant plus compréhensible. Mais si différentes émotions peuvent traverser l’âme endeuillée, elle n’a pas d’autre choix que d’aller de l’avant. Rien de plus naturel face au court linéaire du temps. Excepté, peut-être, pour une sorcière de l’univers Marvel capable de jouer avec la réalité et par la même occasion, se complaire dans un déni qu’elle pense salvateur.

Si WandaVision demeurait bien mystérieuse au départ, la révélation sur la nature de l’Hex ne dénaturait aucunement l’intérêt de la série. Au contraire, elle nous proposait cette réflexion mature autour du deuil, agrémentée par la construction d’épisodes hommage aux séries du passé, renforçant le refus d’avancer de l’héroïne. Un soulagement non retenu s’est même fait ressentir lorsqu’on a pu constater que l’écran menaçant qui apparaissait à la fin des premiers épisodes n’était que celui du personnage de Darcy Lewis, dévorant la sitcom montée de toutes pièces par Wanda Maximoff elle-même. Appelant, une nouvelle fois, à jouer sur la paranoïa de l’héroïne sans tomber dans l’écueil du méchant classique manipulant la pauvre veuve.

Tout était donc réuni pour nous réconcilier avec Marvel : prendre la substance du MCU déjà en place, tout en créant un mini-univers sériel plus profond. Il n’est pas demandé aux films Marvel de jouer dans les tons sombres, mais force est de constater qu’il leur manque du relief et donc des enjeux, ce qui n’a pas su être contrasté avec Endgame. Mais si le final de WandaVision ne remet pas en cause l’équilibre dramatique et divertissant des autres épisodes, il est un violent retour aux facilités constatées dans l’univers super-héroïque.

L’enfer c’est les autres

Mais pourquoi tout s’effondre dans un épisode 9 aux airs d’un Avengers brouillon ? Tout se situe dans un problème d’échelle. Les 8 premiers épisodes fonctionnaient dans la proximité du spectateur avec le deuil vécu par Wanda, par son univers direct qui évoluait avec elle et ses angoisses. Tout comme Vision, la série nous transportait de situations en situations, insistait sur l’écriture de son personnage, la relation fantasmée autour d’un non-dit douloureux. Un ensemble cohérent, poétique, qui atteignait son summum dans l’épisode 8. Même le twist autour du personnage d’Agatha Harkness en fin d’épisode 7 ne prenait pas le pas sur les intentions d’origine, il se joignait à l’ensemble et se justifiait dans le chemin parcouru par Wanda. S’il y avait dans cette révélation le risque d’un basculement vers une formule plus classique, cet épisode 8 a su satisfaire… Avant que la série ne confirme cette crainte dans l’épisode 9, ce qui est d’autant plus incompréhensible.

Entre deux flashs lumineux d’un violet et d’un rouge agressif pour rappeler qu’il s’agit bel et bien d’un combat entre deux êtres surnaturels que sont Wanda et Agatha, l’intimisme et la mesure du reste de la série ne trouvent plus leur place dans ce final grossier. La série se voulait à taille humaine en montrant la fragilité derrière le statut de héros, et en particulier d’une Avenger, tout en incluant de nombreux personnages annexes et d’arcs subsidiaires qui n’ont, au final, aucune fin ni véritable évolution. S’en dégage un sentiment de temps perdu. Et finalement, comme si la série avait elle-même conscience d’avoir dû remplir un cahier des charges hors de propos, elle revient sur sa recette dans les dix dernières minutes d’une grâce presque apocalyptique. Impossible de ne pas penser à d’autres séries sur le même thème qui gardaient leur homogénéité jusqu’au bout, à l’image du bouleversant final de The Leftovers qui, sans en faire une comparaison malvenue, est un modèle d’inspiration dont il aurait peut-être fallu en prendre la douceur mélancolique.

À force de se construire dans la différence et la distance avec les codes habituels de l’univers cinématographique Marvel, WandaVision souffre énormément de son dernier épisode. Tel un wagon rattaché en urgence à un train en marche, Le Grand final nous fait penser aux derniers films de Christopher Nolan qui, avec Tenet et Dunkerque, semble persuadé que l’autocitation est la clé d’une audience captivée et fidélisée. La méthode Disney réapparait en force et nous fait terminer la série sur une déception, après 8 épisodes pourtant exemplaires. Dommage.

WandaVision est disponible depuis le 15 janvier sur Disney+.

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