Critique de Dunkerque

Nolan sur les sentiers de la gloire

Un film de
Christopher Nolan
Sortie
19 juillet 2017
Diffusion
Cinéma

Christopher Nolan est de retour, 3 ans après ce qui semblait être son œuvre la plus aboutie : Interstellar, mais rien n’est jamais si facile avec lui. Avec Dunkerque il s’attaque à un épisode de la Seconde Guerre mondiale méconnu des français : l’opération Dynamo.

Premier de ses films tiré d’une histoire vraie, Dunkerque est un véritable défi pour le prodige anglais qui le décrit comme son film le plus « expérimental » et « quasiment muet ». En bousculant sa propre zone de confort, Christopher Nolan ne déçoit pas

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en mai 1940, environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L’Opération Dynamo est mise en place pour évacuer le Corps expéditionnaire britannique vers l’Angleterre. Trois soldats britanniques, avec un peu d’ingéniosité et de chance, arrivent à embarquer sous les bombardements. Un périple bien plus grand les attend : la traversée du détroit du Pas de Calais.

Nous nous battrons sur les plages

Nous sommes en décembre 2016, la bande annonce de Dunkerque vient d’être mise en ligne et les commentaires florissent déjà sous la vidéo : « Ou sont les français ? » et autre « Dunkerque c’est en Angleterre ? Je ne vois que des anglais ça doit être ça! ». Passons sur l’exploit d’arriver à juger un film de deux heures sur seulement quelques images (et cela plus de 6 mois avant sa sortie), si cette vague de commentaires est importante c’est parce qu’elle est terriblement significative de l’état d’esprit d’une partie de l’opinion française envers les films de guerre. Plus spécifiquement sur ceux portant sur cette période précise et sur la place des français dans cette guerre. Cette rancœur est sans aucun doute liée à l’imaginaire Hollywoodien, sa façon de représenter les français comme des lâches à l’inverse des américains, dépeints en sauveurs de l’humanité. Là est l’un des plus gros pièges à éviter et l’un des plus gros défis de Christopher Nolan : l’adaptation historique. Comme tout film inspiré de faits réels Dunkerque se doit de trouver un juste milieu entre cohérence, respect historique et divertissement. Pour cela, Nolan et son équipe ont longuement travaillés sur les archives de l’époque et le résultat à l’écran est tout simplement stupéfiant. Les reconstitutions sont splendides : en passant des avions aux costumes, aux bateaux et même à la jetée de Dunkerque.

Les français sont très peu présents dans le film et il est clair que le parti pris de Nolan est de montrer la vision anglaise de cette évacuation. Pour autant, d’un point de vue historique la description est « fidèle » selon cet historien puisque le film se concentre sur l’évacuation des troupes anglaises sur la plage et en mer, et non à la défense de la ville par les français. Et c’est là l’une des grands forces du long-métrage. Si la défense de la ville n’est pas la priorité de Christopher Nolan c’est parce qu’il nous fait vivre cette opération de l’intérieur, à travers les yeux des soldats anglais qui ont eux mêmes fuis les lignes de défenses, laissant les français livrés à eux mêmes.

Jamais nous nous rendrons

Dunkerque ne pourrait se définir comme un film uniquement historique, c’est avant tout avant tout un film sur la survie, une survie dénuée de tout sens moral où le seul et unique objectif est de rentrer en Angleterre et cela à n’importe quel prix. La menace Allemande est omniprésente à travers sa force aérienne et sous-marine mais aucun soldat n’est visible avant les tous derniers instants. C’est ce qui rend le film encore plus fort, puisque Dunkerque n’est pas un film de guerre, c’est un film profondément humain, il ne mise pas sur le spectaculaire à outrance mais sur l’immersion pour nous faire vivre à nous, spectateur, ce qu’ont vécu ces soldats sur cette plage.

Mais c’est ici tout un rapport de force qui est renversé puisque ces hommes, traditionnellement héroïques, sont dépeints comme ordinaires, pour certains lâches et sans honneur. C’est l’exact opposé des civils, érigés en héros. Ces civils pourtant en sécurité en Angleterre qui viennent tout risquer pour ramener leurs troupes au pays. Christopher Nolan aborde alors la problématique de l’honneur des soldats, en plein questionnement sur eux mêmes et leurs rôles dans cette guerre, une toute autre vision de la guerre et de ses conséquences profondément humaines souvent écartées dans les films du genre.

Si Dunkerque suscite tant d’émotions, c’est également grâce à l’oeuvre exceptionnelle de Hans Zimmer qui travaille avec Nolan depuis plus de dix ans maintenant. Si le cinéma se définit comme la combinaison de l’image et du son, le second est souvent délaissé et Dunkerque est l’alchimie parfaite de ces deux notions. La musique oppressante de Zimmer accompagne le spectateur d’une main de maitre. L’ensemble crée 1h46 de tension pure et un seul mot en ressort : maîtrise.

En annonçant un film quasiment muet Nolan n’avait pas menti, très rares sont les échanges de plus de quelques secondes et la communication passe essentiellement par le regard des soldats, ce qui donne un poid émotionnel encore plus fort. Une tâche incroyable que les acteurs semblent surmonter avec une facilité déconcertante. Aucun n’est en dessous et l’ensemble du casting livre une prestation remarquable, que cela soit les têtes d’affiches comme Tom Hardy ou Kenneth Branagh mais également des acteurs plus débutants comme le chanteur des One Direction, Harry Styles, qui n’a pas à rougir de la comparaison avec ces derniers.

Dunkerque ne déçoit pas une seule seconde, tant bien même qu’il en est difficile de lui trouver des défauts. Haletant, impitoyable, maîtrisé, spectaculaire, puissant… le dernier film de Christopher Nolan l’inscrit une nouvelle fois comme l’un des plus grands réalisateurs de sa génération. À travers sa narration divisée en trois points de vue qui sont le sol, la mer et les airs, le film joue avec les sentiments du spectateur sans jamais lui laisser de répit. Mais pourtant, au sein de cette tension permanente, ressort un message fort et humain. Le travail du chef opérateur, Hoyte van Hoytema, fait ressortir une certaine beauté, une poésie au cœur du chaos. Dunkerque c’est 1h46 de spectacle, 1h46 macabre mais terriblement humaine, 1h46 forte : 1h46 de grand cinéma. 

4.5
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