Les 10 meilleurs films de 2023

Bien que moins spectaculaire et angoissant que son effondrement, le retour des Français au cinéma en 2023 n’a pas bénéficié du même traitement médiatique. Et pourtant, cet attrait quasi-organique pour les salles obscures nous conforte, sans surprise, dans l’envie de vivre et de partager le cinéma qui nous parle tant. Un partage de plus en plus central dans notre façon d’appréhender l’art : le bouche-à-oreille, organique ou numérique, s’étant hissé en valeur quasi-absolue. C’est d’autant plus naturel de conclure l’année par le traditionnel, et injustement subjectif, top de la rédaction.

Une construction en miroir d’un cinéma bien souvent annoncé à l’agonie, lui qui affirme d’année en année un désir de radicalité et de curiosité intellectuelle. Un cinéma qui nous a tant marqué en 2023 et qui s’incarne dans les sélections de l’équipe.

De ces propositions fortes, c’est avec l’espoir d’un nouveau souffle que l’on débute 2024. Un espoir collectif pour que le septième art cesse d’être constamment ramené à son succès comptable, pour qu’on laisse enfin naître le temps du dialogue entre les œuvres et leur public. Un modeste manifeste pour que le cinéma vive enfin, redevienne accessible et qu’on lui laisse son rythme si beau, lui qui sait si bien germer dans les trous béants d’une culture en pleine révolution. (QLG)

Le top de la rédaction

© Les Films Pelléas, Les Films de Pierre

10. Anatomie d’une chute

Justine Triet brouille les pistes et transcende son scénario écrit à quatre mains pour nous offrir un film bien plus dense qu’il n’y paraît. Elle tire une réflexion aussi inattendue que sincère sur l’organisation et l’équilibre d’un couple. En explorant aussi bien la psychanalyse de celui-ci que la place de l’art et son interprétation, « Anatomie d’une chute » ne se ferme à aucune possibilité. Toujours sur le fil, au bord de la chute, la Palme d’Or demande une implication intellectuelle active dans un cinéma de plus en plus atone. Et personne n’était mieux placé que Justine Triet pour le rappeler. (QLG)

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9. Past Lives

Dans son premier film, Céline Song raconte magnifiquement une histoire simple, crédible, presque banale et pourtant bouleversante. Surtout, elle la relate essentiellement à travers l’image et le jeu des acteurs, privilégiant les non-dits, les incompréhensions, les tensions passagères, les décors et les gestes plutôt que les dialogues. Démontrant d’entrée de jeu une grande maîtrise de la narration visuelle, soutenue par la profondeur du jeu des acteurs et actrices, pour une histoire d’amour moderne liée à des enjeux de société, évitant les clichés et les poncifs. (BD)

© Storyteller Distribution Co.

8. The Fabelmans

Marronnier des cinéastes confirmés, le film plus ou moins autobiographique se mue rarement en œuvre de cinéma pure, où l’égo d’un cinéaste s’efface pour créer de l’art aussi intime qu’universel. Alfonso Cuarón l’avait remarquablement compris avec son bouleversant Roma, et Steven Spielberg le rejoint dans son film le plus personnel, The Fabelmans. Aussi touchant dans sa représentation familiale qu’incroyablement ludique et joyeux dans son amour dénué de tout cynisme pour le cinéma et son aspect artisanal. L’ensemble est imprégné d’une pudeur si gracieuse qu’on oublie, le temps d’un instant, tout cynisme à notre tour. (QLG)

7. L’Innocence

Régulièrement salué par la critique, le cinéaste Kore-Eda sait se renouveler et évite constamment l’écueil de se conforter dans un style. C’est encore une fois le cas avec L’Innocence, qui s’appuie sur les codes du film de suspense et sur un effet Rashomon des plus classiques pour mieux briser les attentes. Traitant une fois de plus de son thème de prédilection, la famille, et toujours en observateur critique d’une société japonaise aux normes écrasantes. Il en résulte un long-métrage puissant, empreint d’une empathie rare pour ses deux jeunes personnages, malgré une narration inégale. (ALD)

© Marcel The Movie LLC.

6. Marcel le Coquillage (avec ses chaussures)

Adaptation en format long du court-métrage du même nom, Marcel le Coquillage (avec ses chaussures) impressionne par sa créativité. Mêlant prises de vue réelles et stop motion, ce faux documentaire utilise au mieux le réel à travers les décors et explore le nouveau terrain narratif des réseaux sociaux pour donner vie à la petite créature éponyme dans une aventure pleine d’humour et de tendresse. Testament de la relation entre ses deux créateurs et acteurs, c’est à la fois un projet très personnel et une œuvre résolument moderne, abordant avec justesse des thèmes sensibles et complexes. (ALD)

5. Les Filles d’Olfa

Véritable choix du cœur, Les Filles d’Olfa propose un concept très solide et parfaitement exécuté, mêlant reconstitution biographique, documentaire et making-of, porté par ces filles que la vie a forgées en personnages malgré elles. Alors que, à l’ouest, on a tendance à considérer Daesh comme une chose du passé, le film montre les dégâts irréversibles sur les familles et la société, sans voyeurisme ni sensationnalisme, mais aussi avec compassion et complexité. (BD)

© Universal Pictures

4. Oppenheimer

Aussi froid et chirurgical que ses passions, Christopher Nolan intrigue autant qu’il agace. Obnubilé par une recherche constante de maîtrise, on se perd à rêver d’imprévu, de perte de contrôle, dans un cinéma qui n’accorde que peu d’espace à ces éléments. C’est pourtant dans cet espace-là qu’Oppenheimer nous surprend, nous laissant bouche bée. Sortant du cadre conventionnel du biopic, Nolan remet en question non seulement les certitudes du genre mais aussi celles de son personnage central. Oppenheimer prend son envol au fur et à mesure que son homonyme perd pied, enchaînant alors les scènes les plus marquantes du cinéma grand public récent. (QLG)

3. Mad God

Projet monstrueux étalé sur plus d’une décennie, obsession destructrice de son géniteur, Mad God a déjà l’aura du chef-d’œuvre maudit. Mais loin d’un simple exercice de style, c’est un véritable condensé de créativité dans ce qu’elle peut avoir de plus déchirant, unique et même irrationnel. Phil Tippett, déjà un monument parmi les animateurs révolutionnaires de la deuxième moitié du XXe siècle (Star Wars, Jurassic Park et bien d’autres), signe une œuvre féroce et cauchemardesque, tout droit sortie du Livre de l’Apocalypse. Un film qui n’accueillera pas tous les spectateurs, mais qui saura se révéler aux plus téméraires. (ALD)

© Condor Distribution

2. Aftersun

Nouveau chouchou de la jeune génération de cinéphiles, Aftersun n’a pas volé ses lauriers ! Dans son retour intime sur des vacances d’enfance et sa découverte de la dépression, le long-métrage de Charlotte Wells touche toutes les cordes sensibles avec subtilité et une complexité vraiment humaine. Entremêlant un film dans le film et des souvenirs embrouillés, c’est surtout un tour de force en termes de mise en scène et de montage. Ajoutons l’explosion de Paul Mescal et la musique dévastatrice, et voilà un drame incontournable et une histoire qui ne pouvait être racontée que sur grand écran. (BD)

1. Le procès Goldman

Inscrit de manière parfaitement cohérente dans la tendance des films de procès dont la France semble avoir le secret, Le Procès Goldman représente l’apogée de ce que cette mise en scène peut offrir. Écrit sans accès aux échanges des véritables audiences, le film adopte malgré tout un style vif pour devenir le procès du système judiciaire français et de ses biais. Porte-étendard d’un message résolument politique, à l’image du militant communiste, le long-métrage fait preuve d’un engagement assuré, sans tomber dans l’admiration naïve du gangster charismatique. Porté par un jeu d’acteur d’une qualité extraordinaire (Arieh Worthalter est époustouflant) et un montage chirurgical, il s’établit comme une référence immédiate. (ALD)

Le top de Quentin Le Gohic

© Universal Pictures

10. Simple comme Sylvain
9. Godzilla Minus One
8. Aftersun
7. La Main
6. L’Innocence

5. The Fabelmans
4. Mad God
3. Marcel le Coquillage (avec ses chaussures)
2. Le procès Goldman
1. Oppenheimer

Mentions spéciales : Mon ami robot, Le Syndrome des amours passées, Le Livre des solutions, Past Lives, Reality, le Règne animal, Les Filles d’Olfa, Anatomie d’une chute

Le top de Azucena Lozano Denis

© Carlotta Films

Que de rebondissements pour cette année 2023 : retour fracassant des spectateurs en salle, blockbuster innovants et émouvant prenant le pas sur une industrie Marvel pourtant bien rodée, et succès surprise de films d’auteurs audacieux. Puisqu’aujourd’hui la technique semble atteindre une apogée difficilement dépassable et alors que l’intelligence artificielle avance plus vite que son encadrement, les propositions les plus marquante de cette année de cinéma sont celles qui se réinventent et qui touchent le plus aux paradoxes de l’âme humaine. D’une richesse saisissante, on retiendra aussi de 2023 une rare cohésion entre critique et spectateurs.

10. Anatomie d’une chute
9. Godzilla Minus One
8. The Fabelmans
7. L’Innocence
6. Marcel le Coquillage (avec ses chaussures)

5. Les Filles d’Olfa
4. Oppenheimer
3. Aftersun
2. Le procès Goldman
1. Mad God

Mentions spéciales : Le règne animal, Past Lives, La main

Le top de Baptiste Duminil

© Condor Distribution

L’année 2023 a été bien agitée, et le cinéma n’est pas resté en reste. Au milieu des manifestations contre la loi sur les retraites, des émeutes contre les violences policières et des actions en faveur de la Palestine, il relève du miracle de réussir à entretenir l’amour pour le cinéma. Nourries justement par un contexte international toujours plus violent et anxiogène, les sorties de l’année se sont rendues absolument inévitables.

La force de ces films, alors que notre familiarité avec les images ne cesse de se renforcer et que notre attention faiblit, c’est de raconter des histoires qui ne pouvaient être contées qu’au cinéma, avec la mise en scène et le montage. Alors que les studios hollywoodiens célèbrent leur centenaire, actant du conservatisme de l’industrie, et que le cinéma français est rattrapé par ses démons, il y a de l’espoir à trouver dans l’émergence de nouvelles figures devant et derrière la caméra, dans l’expansion et le renouvellement du langage des images, ainsi que dans les petites transformations marginales de l’industrie.

Ainsi, entamons 2024 ravis de cette année riche en découvertes passionnantes de l’année passée et optimistes pour l’année à venir.

10. Killers of the Flower Moon
9. La Main
8. Mad God
7. Le Consentement
6. Empire of Light

5. Anatomie d’une chute
4. Le procès Goldman
3. Past Lives – Nos vies d’avant
2. Les Filles d’Olfa
1. Aftersun

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