FESTIVAL DE CANNES 2026 – Pour la troisième année consécutive, le Festival de Cannes s’est ouvert avec une comédie française. Présentée hors compétition, La Vénus électrique marque la nouvelle collaboration du cinéaste Pierre Salvadori, réalisateur discret mais prolifique, avec Pio Marmaï, huit ans après l’hilarant En Liberté !. Comédie romantique un peu hybride, le film met en scène une machination amoureuse portée par un quatuor complice, complété par Anaïs Demoustier, Vimala Pons et Gilles Lellouche. Que les allergiques au vaudeville se rassurent : il n’en est rien ici.
Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d’ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l’inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…
Constamment sur le fil d’un basculement vers un humour daté, Pierre Salvadori évite le piège par la confiance absolue qu’il place en son scénario et ses comédiens. C’est ce choix qui permet au spectateur d’éprouver une profonde et sincère empathie pour tous ces personnages cabossés, sans jamais les absoudre de leurs défauts. En suivant le croisement improbable d’un peintre en deuil et d’une circassienne en quête de sens (et de nourriture), le long-métrage s’ancre dans un mal-être existentiel qui pousse ses protagonistes vers un jeu dangereux, fait d’illusions et de faux espoirs. Alors que le point de départ laissait présager un drame classique, le film assume pleinement sa mélancolie sans jamais sacrifier la franchise de son humour. Le cadre parisien de l’entre-deux-guerres, pourtant propice à des images d’Épinal qui ne charment d’ordinaire que les touristes américains, se révèle ici tout à fait à sa place. L’expression a certes été usée jusqu’à la corde, mais force est de reconnaître que la capitale, ses bistrots et ses galeries perchées près de Montmartre s’érigent en véritables personnages. Témoins peu discrets de ces romances, ils apportent à l’ensemble un vernis de fantaisie rafraîchissant.
Bas les masques !
Bien que confidentiel, le cinéma de Salvadori propose un regard doux-amer sur l’existence bien affirmé, et c’est exactement là que s’inscrit La Vénus électrique. Si le film souffre parfois d’une durée excessive malgré une construction riche en rebondissements, les différents tableaux de l’histoire finissent par trouver leur équilibre dans la narration, permettant également à Vimala Pons et Gilles Lellouche de capter toute l’attention du spectateur. Croyant profondément en la vertu des passions, qu’il s’agisse de l’amour ou de l’art, pour vivre malgré la douleur et un quotidien difficile, le film délivre une leçon d’optimisme bienvenue à notre époque. Il ne nie pas la dureté de la vie ni le choc entre les désirs et la réalité, mais il refuse de s’abandonner au désespoir. Si les rebondissements charmants et le casting solaire font plaisir à voir, c’est surtout cette vision de la vie qui reste après la projection. Et cela fait du bien.
La Vénus électrique s’impose comme un conte tendre qui déjoue les pronostics. Fort d’une direction artistique séduisante et d’une mise en scène dynamique, le scénario dépasse les simples marivaudages pour poser un regard intelligent et bienveillant sur ses personnages, malgré quelques longueurs. Une œuvre pleinement fidèle au cinéma proposé par Salvadori.
