« The Chronology of Water », plongée dans les abysses d’un esprit disloqué

© Les Films du Losange
Un film de
Kristen Stewart
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Diffusion
Cinéma

FESTIVAL DE CANNES 2025 – Résultat d’une production particulièrement chaotique, qui aura duré huit ans, The Chronology of Water n’est pourtant pas le projet démesuré d’un réalisateur confirmé en mal de financement, mais bien un premier long-métrage. Celui de Kristen Stewart, que l’on ne présente plus comme actrice, et qui a depuis longtemps amorcé un virage vers un cinéma indépendant après des débuts grand public. C’est avec l’adaptation du roman autobiographique La Mécanique des fluides de l’autrice américaine Lidia Yuknavitch que Stewart signe ses premiers pas derrière la caméra, présentés cette année dans la sélection Un Certain Regard.

Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, Lidia, une jeune femme, peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

Narration éclatée, images captées à la volée : Stewart frappe fort dès les premières secondes. Pour mieux accompagner Lidia dans sa traversée des enfers, sans doute. Dans une démarche de choc assumée, pleinement revendiquée, tous les outils sont mis à contribution pour donner corps à une adaptation viscérale, se nourrissant du style brut de Yuknavitch retranscrit à l’écran sans jamais le singer. Comment traduire le traumatisme, sinon par ses réminiscences ? Par ces flashbacks surgissant à l’appel des sons, assourdissants, comme celui d’une lettre qu’elle ouvre, ravivant le souvenir du jour où elle recevait les réponses d’universités pour espérer fuir un foyer déjà détruit. Ou encore cette voix du père, persistante, qui la hante même à des milliers de kilomètres. Stewart use et abuse parfois de la mise en scène pour créer une atmosphère crue, mais jamais voyeuriste ou déplacée.

L’écume des jours

Présenté par sa réalisatrice-scénariste comme une retranscription brute de l’expérience féminine, le choix d’adapter La Mécanique des fluides n’avait rien d’anodin. En abordant frontalement les violences intrafamiliales et l’inceste, leurs stigmates et la place de l’art dans une reconstruction des plus ardues, Kristen Stewart prenait le risque de tomber dans une forme d’indécence, d’autant plus périlleuse pour une première réalisation. Pourtant, c’est avec une rage maîtrisée et une clarté de vision impressionnante que le film s’impose, porté par un travail de montage titanesque signé Olivia Neergaard-Holm (pour l’image) et Andrea Teresa T. Idioma (pour le son). Et dans cette vision affleure peu à peu une interprétation bouleversante d’Imogen Poots, qui incarne Lidia sur plus d’une décennie avec une intensité saisissante.

Avec The Chronology of Water, Kristen Stewart signe une entrée fracassante dans le monde de la réalisation. Soutenu par un travail de montage visuel et sonore d’une rare intensité, son premier long-métrage s’impose par un parti pris formel radical, dans une démarche jusqu’au-boutiste. La cinéaste transforme un matériau autobiographique déjà brûlant en expérience sensorielle frontale, où chaque bruit, chaque image, chaque coupe vient traduire une mémoire éclatée. Pour un public averti.

3.5

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