Critique de Concrete Cowboy

Un film de
Ricky Staub
Sortie
2 avril 2021
Diffusion
Netflix

Que sont devenus les cowboys ? Pas ceux des westerns avec John Wayne en vedette, mais l’héritage réel de ces emblématiques et ambivalents personnages de l’histoire américaine ? S’ils trouvent encore une place certaine dans la pop culture et récemment dans l’un des jeux vidéo les plus récompensés et vendus de tous les temps : Red Dead Redemption II ; une certaine culture western perdure au milieu des champs de béton des grandes métropoles américaines. Notamment à Philadelphie, où dans l’un de ces derniers bastions d’écurie prend place Concrete Cowboy. Long-métrage réalisé pour rendre visible cette culture agonisante qui ne demande qu’à vivre, il est le premier de son réalisateur Ricky Staub et l’adaptation du roman du même titre.

Forcé de vivre seul avec son père, Cole, un adolescent âgé de 15 ans, découvre les valeurs rédemptrices de l’équitation dans un milieu marqué par la pauvreté et la violence.

La force du nombre

Le film se démarque à la fois pour son cadre atypique mais aussi par un casting de tête attendu au tournant : Idris Elba, acteur à la carrière déjà exceptionnelle mais dont les dernières participations laissaient parfois à désirer (Cats, La tour sombre) mais également Caleb McLaughlin connu pour son rôle de Lucas dans Stranger Things. Une idée qui porte ses fruits, puisque si leur relation père-fils fonctionne assez bien à l’écran, c’est d’abord par l’alchimie des deux acteurs.

Par la simplicité voire le simplisme de sa narration, il se ressent dans le film que la fiction n’est là que pour mettre en valeur l’histoire vraie derrière, son contexte. Le spectateur se rendra vite compte des ficelles scénaristiques vues maintes et maintes fois dans une thématique abordée trop souvent à la télévision et au cinéma pour ne pas avoir besoin d’un traitement plus original pour exister. Pris individuellement en revanche, une vraie inégalité apparaît rapidement : alors que le personnage de Cole est censé être le personnage principal, adolescent perdu cherchant rédemption et repère, il manque d’impact dans l’histoire. Sans que ce soit la faute du jeune McLaughlin : comme simplement emporté par les événements, ces derniers font de lui un élément transparent, même en face de son cousin incarné par Jharrel Jerome dans l’arc secondaire de l’histoire. En revanche, son père incarné par Elba marque l’un des points majeurs du film : sa prestation ajoute à l’écriture du personnage et y donne vie. Pour compléter le tableau, une ribambelle de personnages secondaires incarnés par des vrais cavaliers venus en renfort pour donner du crédit à l’ensemble, qui finalement est porté principalement par ses acteurs et en devient attachant.

Être à la hauteur de ses ambitions

Les intentions du long-métrage sont plus qu’honorables : évoquer une réalité difficile dans les quartiers populaires, l’aide salvatrice qui peut se trouver dans une passion… Des thèmes souvent abordés au cinéma à travers le prisme du film sportif mais qui trouvent ici un angle plus original et pertinent. Western urbain, Concrete Cowboy sait quelles sont les responsabilités qui lui incombe, que ce soit auprès des groupes marginalisés qu’il veut mettre en valeur mais également historique, en rappelant la présence majoritaire de la population afro-américaine chez les cow-boys.

Cependant, s’il remplit les exigences d’un point de vue purement académique, le film a du mal à s’en détacher. La faute à un réalisateur encore peu expérimenté qui a également voulu être co-scénariste ? Ou est-ce le matériau de base, le roman, qui est écrit ainsi ? Sans la lecture de ce dernier il serait malvenu de désigner un coupable. Il est en tout cas dommage de voir que ce qui lance le film, ce qui a motivé son existence, est très maitrisé mais que tout ce qui a été constitué autour – les deux segments fictionnels – soient si classiques, trop vus et moins intéressants. C’est particulièrement le cas du segment secondaire, au cœur du trafic de drogue qui mine les quartiers pauvres de la ville. Pas assez présent pour créer une vraie construction dramatique qui ne saute pas aux yeux, ni pour se mesurer au segment principal de l’histoire autour de l’écurie, il en devient artificiel. Son dénouement, en plus d’en devenir prévisible, est peu émouvant, ruinant tout l’enjeu dramatique.

Concrete Cowboy est un long-métrage ambivalent : à la fois intéressant pour son contexte, porté par des acteurs motivés et talentueux qu’ils soient professionnels ou non, il n’en demeure pas moins plombé par des défauts qui auraient pu facilement être évités. C’est dans son excès de simplicité qu’il en devient alors très convenu et passe à côté de l’occasion de devenir une œuvre plus grande, probablement par le poids de l’héritage qu’il veut évoquer et le manque d’expérience de son cinéaste. Il ressort de tout cela un film qui reste malgré tout tendre et sympathique, qui rappelle également le talent immense d’Idris Elba.

Concrete Cowboy est disponible depuis le 2 avril sur Netflix.

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