Critique de The Batman

Un film de
Matt Reeves
Sortie
2 mars 2022
Diffusion
Cinéma

Omniprésents dans le cinéma américain contemporain, les super-héros, ces surhumains de papier, se sont extraits d’un médium en perpétuelle galère pour devenir les mythes modernes les plus essentiels, avec les bénéfices qui vont avec. Parmi ces mythes les plus réinventés, adaptés et réadaptés : il y a évidemment Batman. Aussi multi-facettes qu’incroyablement reconnaissable, c’est l’un des personnages les plus cultes et les plus populaires de l’histoire de la fiction. The Batman est une nouvelle pierre apportée à cet édifice tentaculaire.

Après avoir magistralement réinventé La Planète des Singes, Matt Reeves s’intéresse au justicier masqué. Libre de toute attache, sans univers étendu ou continuité préalable, il promet un film unique. Mais Reeves peut-il vraiment faire du neuf avec les vieilles ruelles sombres de Gotham City ?

Deux années à arpenter les rues en tant que Batman et à insuffler la peur chez les criminels ont mené Bruce Wayne au coeur des ténèbres de Gotham City. Avec seulement quelques alliés de confiance – Alfred Pennyworth, le lieutenant James Gordon – parmi le réseau corrompu de fonctionnaires et de personnalités de la ville, le justicier solitaire s’est imposé comme la seule incarnation de la vengeance parmi ses concitoyens. Lorsqu’un tueur s’en prend à l’élite de Gotham par une série de machinations sadiques, une piste d’indices cryptiques envoie le plus grand détective du monde sur une enquête dans la pègre, où il rencontre des personnages tels que Selina Kyle, alias Catwoman, Oswald Cobblepot, alias le Pingouin, Carmine Falcone et Edward Nashton, alias l’Homme-Mystère. Alors que les preuves s’accumulent et que l’ampleur des plans du coupable devient clair, Batman doit forger de nouvelles relations, démasquer le coupable et rétablir un semblant de justice au milieu de l’abus de pouvoir et de corruption sévissant à Gotham City depuis longtemps.

Bats don’t cry

Comment rester original avec un personnage déjà tant adapté ? Ce sont, en fait, les multiples facettes et interprétations du personnage qui permettent à The Batman d’innover. Les meilleurs films de super-héros sont ceux qui partent des histoires de comics pour mêler leur ADN à un autre genre cinématographique. Les exemples les plus populaires sont Logan, avec ses airs de western crépusculaires, ou Les Gardiens de la Galaxie, pur space opéra d’aventure. Ici, c’est un aspect souvent sous-estimé du héros qui est exploré : l’enquête. Après tout, Batman est apparu dans la revue Detective Comics : les inspirations dans le polar à la David Fincher sont donc parfaitement cohérentes. 

Le film s’impose alors avec son rythme si caractéristique. Là où les films Marvel sont pop ou rock The Batman est définitivement grunge, à l’image de Nirvana qui ponctue sa bande-son. Sa durée tout de même abusive s’explique autant par le foisonnement de l’intrigue que par le rythme lancinant. Dès son introduction absolument géniale, le film impose son pas lent et calculé. Ici, c’est aussi l’esthétique qui est prioritaire : le costume de Batman est magnifique et Matt Reeves joue de son décalage dans les divers environnements. Dans la boîte de nuit de la pègre mais surtout dans une salle d’interrogatoire pleine à craquer de flics possiblement véreux, il crée alors des tableaux gothiques plein de tension.

La musique lancinante et sombre, les décors, les costumes très stylisés et surtout les splendides lumières contribuent à créer cette ambiance et ces images si marquantes. C’est finalement quand Batman sort de l’ombre, qui le définit, qu’il devient le plus iconique. Que ce soit devant un lever de soleil, sous le feu des fusils ou à la lumière d’un fumigène. Malheureusement, ce style s’acquiert parfois au détriment de la clarté, surtout dans une scène de course-poursuite à la limite de l’illisibilité.  

© Warner Bros.

L’autre objectif du long-métrage est de nous introduire à une nouvelle interprétation de cet univers et de ses personnages. Sur ce point, les influences de The Batman sont assez évidentes : quelque part entre Year One, le run de Jeph Loeb et Tim Sale, La Cour des HibouxMatt Reeves sait tirer le meilleur de ces histoires pour se les réapproprier et créer une intrigue nouvelle mais familière. Certains retournements de situations s’en retrouvent par conséquent trop prévisibles, mais le plaisir de retrouver des arcs narratifs classiques des comics vient parfaitement contrebalancer le tout.

Les personnages sont ici dans leurs incarnations les plus jeunes, proches du comics culte Un Long Halloween. Bien que Batman y soit déjà bien rodé, il est en même temps plein d’incertitudes et de questionnements : ce que Robert Pattinson capte parfaitement à travers son fanatisme altruiste. Son Batman est à la fois profondément névrosé et incroyablement généreux, et c’est sûrement l’une des versions les plus intéressantes du personnage jamais mise à l’écran. Face à lui, Paul Dano interprète un Riddler complètement inédit, se libérant enfin de l’ombre du Joker et prenant des inspirations dans le personnage de Hush. Parfois caricatural, il déploie toute son impulsivité et son mystère pour effrayer le public. Entre eux, Reeves déploie une galerie de personnages secondaires très efficaces. Un jeune Gordon parfait en duo avec Batman, une Catwoman à l’arc passionnant jouée parfaitement par Zoë Kravitz, le Pingouin et Carmine Falcone qui manigancent… Les bas-fonds de Gotham, toujours peuplés de personnages pleins de caractères, sont enfin exploités ici.

Absolument captivant malgré son intrigue malheureusement prévisible et parfois trop simple, The Batman accomplit quelque chose de formidable. En partant d’un personnage déjà mis à l’écran plusieurs fois, Matt Reeves confectionne un film marquant avec des images fortes, des personnages intéressants et une histoire prenante. Il réussit le parfait compromis entre références de comics évidentes et bien choisies, et influences cinématographiques pertinentes. Avant de chercher à tout prix l’attraction super-héroïque s’incluant dans une continuité et un multivers, Matt Reeves propose sa propre vision, riche d’une identité visuelle et d’arcs narratifs complets. Certes, il pose les bases de potentielles suites, mais jamais au détriment de sa narration. On sous-estime, dans l’état du cinéma américain actuel, le plaisir que procure un film entier, cohérent et original. The Batman vient clairement nous le rappeler.

4.5
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