FESTIVAL DE CANNES 2024 – On ne l’avait pas revu sur la Croisette depuis Kiss of Death de Barbet Schroeder, en 1995. Vingt-neuf ans plus tard, c’est dans une séance de minuit que Nicolas Cage signe son retour avec The Surfer, présenté hors compétition. Réalisé par l’Irlandais Lorcan Finnegan (Vivarium), ce revenge movie en huis clos côtier évoque les grandes heures des séries B des années 1970 et se distingue par un plaisir de mise en scène aussi jubilatoire qu’étrangement poisseux. Hommage conscient mais jamais parodique, The Surfer s’assume comme un pur objet de genre, totalement décomplexé.
Un homme revient sur l’idyllique plage de son enfance pour faire du surf avec son fils. Leur escapade tourne au cauchemar lorsqu’un gang de surfeurs du coin leur interdit l’accès à l’océan. Humilié et menacé, le père de famille va devoir se battre pour reconquérir son territoire et l’estime de son fils. Sur cette plage à l’atmosphère étouffante, s’engage alors une lutte qui le mènera au cœur de la folie.
Taillé sur mesure pour l’acteur, le rôle semble conçu pour le pur plaisir de le voir perdre pied. Nicolas Cage s’amuse autant qu’il captive, évoluant entre débordements burlesques et éclairs de sincérité désespérée. C’est là l’une des grandes réussites du film : sa capacité, à partir d’un postulat minimaliste, à déployer tout un éventail de trouvailles absurdes et parfois brillantes, flirtant avec le grotesque sans jamais rompre l’équilibre fragile du plaisir de spectateur·rice.
Vagues à l’âme
Les cadrages outrés, les inserts sur la faune hostile ou les visages distordus sous l’effet de la paranoïa contribuent à construire un monde où tout semble ligué contre son protagoniste. Finnegan explore ici une forme d’ozploitation contemporaine, héritière d’un cinéma nourri au sable et à la bière, où la masculinité toxique s’exhibe dans des peignoirs sans manches et des cultes de territoire d’un autre âge. Pourtant, malgré la puissance de son atmosphère, le film peine à se renouveler au-delà de son dispositif. Sa boucle narrative tourne parfois à vide, et l’attente d’un basculement se substitue peu à peu à la tension initiale.
Moins percutant que Vivarium, plus resserré dans sa mécanique infernale, The Surfer n’a jamais la prétention d’en dire plus qu’il ne faut. Son objectif est ailleurs : faire de cette vengeance absurde un objet de pur cinéma de genre. Et à ce titre, la mission est accomplie. C’est un film qui revendique sa surface plus que sa profondeur, et dont le régal visuel finit par l’emporter sur la répétition. Comme une vague qui revient sans cesse, et qu’on accepte, à force, de prendre de plein fouet.
