Cannes 2021 : Critique de Tout s’est bien passé

Un film de
François Ozon
Sortie
22 septembre 2021
Diffusion
Cinéma

Particulièrement prolifique ces dernières années, François Ozon est déjà là avec son cru 2021, un an seulement après le très beau Été 85. Toujours très actuel et pertinent dans ses choix, Ozon confronte frontalement la fin de vie et le suicide assisté dans Tout s’est bien passé.

A 85 ans, le père d’Emmanuèle est hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Quand il se réveille, diminué et dépendant, cet homme curieux de tout, aimant passionnément la vie, demande à sa fille de l’aider à mourir.

Au cœur de ce projet il y a avant tout un livre, celui d’Emmanuèle Bernheim. Elle y raconte l’histoire vraie de la mort de son père, qu’elle a assisté dans sa démarche. Décédée en 2017, elle avait déjà collaboré à plusieurs reprise avec François Ozon sur les scénarios de Sous le sableSwimming Pool et 5×2. On pouvait donc s’attendre à un film profondément personnel : il l’est presque trop. Par pudeur, respect ou simple peur de décevoir ses proches, Ozon semble distant de ce qu’il filme. L’ensemble parait artificiel par moment, comme si toute l’équipe avait enclenché le mode pilote automatique. Pourtant, toute l’empathie et la bienveillance caractéristiques d’Ozon permettent à cette histoire de gagner en puissance, avec cette famille dysfonctionnelle mais attachante dans leurs malheurs comme dans les scènes de vie quotidienne.

La vie est la farce à mener par tous

Là où le film surprend, et l’on se perd à imaginer une autre voie possible, c’est dans son utilisation de l’humour. Comme dispositif non pas purement comique, mais comme un ancrage dans le réel, dans nos vies à nous. Sophie Marceau est très juste dans cet exercice, pas toujours facile, de la joute verbale avec son père, joué par André Dussollier. Le duo fonctionne à merveille et cet engrenage père-fille réussi ne fait que mettre en évidence les faiblesses d’écriture du personnage de la sœur, interprétée par Géraldine Pailhas. Volontairement délaissée, ses apparitions sont rapidement réduites à des objectifs purement fonctionnels : du descriptif, de la résolution ou du conflit. Malgré ce manque d’équilibre dans son dosage, Tout s’est bien passé offre de très beaux rôles, et André Dussolier livre une prestation tout en justesse et loin du mimétisme habituel qu’on associe à ce genre d’écriture.

Même si on a connu réalisation plus inspirée par François Ozon, l’essentiel est là. Et c’est peut-être aussi pour ça que le film bloque : il se tient à l’essentiel jusqu’à en devenir clinique. Frustrant, il empêche toute émotion de s’instaurer durablement. Mais qui dit clinique dit maîtrisé, et le film de Ozon l’est sur bien des points. On regrettera alors cette absence de passion qui donnait à son dernier film, Été 85, un souffle extraordinaire.

Trop sage, le film de François Ozon laisse finalement assez indifférent malgré les très belles performances qu’il déploie. Distant, Tout s’est bien passé réussi à interroger notre rapport collectif au suicide assisté mais échoue à s’affranchir de ses chaînes pour chercher une émotion bien trop absente pour laisser une trace.

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