Critique de Adieu Monsieur Haffmann

Un film de
Fred Cavayé
Sortie
12 janvier 2021
Diffusion
Cinéma

En tout Homme se cache une part de violence, et la vie révèle parfois ce qui aurait dû rester abandonné au fond de son être. Dans une adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Phillipe Daguerre, Fred Cavayé nous dévoile une histoire au dénouement bouleversant. À l’image d’un roman de Zola, violent et sans attente, Adieu Monsieur Haffmann conduit dans les bas-fonds de la nature humaine. Tiraillé entre pulsions et raison, il questionne sur le point de bascule avant de céder à la violence. Que devenons-nous lorsque nous sommes amenés à vivre la vie qui nous n’est pas destinée ?

Paris 1941. François Mercier est un homme ordinaire qui n’aspire qu’à fonder une famille avec la femme qu’il aime, Blanche. Il est aussi l’employé d’un joaillier talentueux, M. Haffmann. Mais face à l’occupation allemande, les deux hommes n’auront d’autre choix que de conclure un accord dont les conséquences, au fil des mois, bouleverseront le destin de nos trois personnages.

Une allure romanesque

Dans sa construction, Adieu Monsieur Haffmann semble s’être échappé des pages d’un célèbre écrivain pour se retrouver sur nos propres toiles blanches. Une intrigue qui n’hésite pas à s’installer dans la durée avec un rythme lent, qui semble finalement très long pour une œuvre qui ne franchit pas les deux heures. Scène par scène, page à page, ce sont les prémisses d’un destin bouleversant, sans qu’aucun indice ne s’y échappe. Le spectateur ne se doute de rien, il se fait emporter et contemple l’histoire qui naît devant ses yeux. 

Ce même début temporisateur, qui marque le rythme et l’identité romanesque du film, est essentiel à sa construction. Il enrichit le détail et permet l’évolution subtile de ses personnages. L’abondance d’éléments et les nuances dans l’écriture des différents comportements constituent l’essence de la grandeur de l’œuvre. Gilles Lellouche, qui occupe le rôle principal, transperce l’écran et dévoile une maitrise précise du personnage complexe qu’il incarne dans sa justesse, grandeur et persuasion. Au centre de l’intrigue, Daniel Auteuil se présente comme un second personnage principal sur qui tout repose, mais qui s’efface de manière naturelle derrière François. Meilleurs ennemis et pires alliés, leurs interactions emportent le récit dans un ascenseur énigmatique aux nuances anxiogènes. Un juste milieu remarquable qui nourrit cette tension grandissante qui voit éclore Blanche, la femme de François, interprétée par Sara Giraudeau. Son jeu tout en pudeur se dévoile au fil du film avant d’atteindre une libération aussi grandiose que subtile. 

© Vendôme Production

Lire entre les lignes

Adieu Monsieur Haffmann regorge en réalité d’une morale à la valeur cathartique, qui semble tout mettre en œuvre pour délivrer le spectateur de la violence qui raisonne dans son humanité. En le mettant face à la complexité d’une descente aux enfers présentée comme inévitable, le film questionne la nature même des pulsions de vie. Et le spectateur n’échappe pas à la remise en question qui semble disparaître avec l’humanité de son personnage principal.

La film, qui se veut aussi sobre dans sa mise en scène, exploite les mêmes qualités visuelles que son écriture. Au service de l’histoire, la photographie ne prend jamais le dessus sur l’essentiel et laisse toute place nécessaire à la grandeur des talents bruts des trois acteurs. Les couleurs unies et ternes relèvent la noirceur de histoire qui s’étend entre chacun des personnages. En utilisant des compositions épurées mais complètes, la caméra plonge le spectateur dans un point de vue omniscient, effaçant parfois avec discrétion le quatrième mur. En globalité, l’objet filmique qui est proposée par Fred Cavayé n’a rien d’extravagant ou de tout à fait original : sa beauté et sa singularité résident dans l’essence des personnages et leur évolution.

Après une mise en jambe longue, mais essentielle, Fred Cavayé dévoile un film sombre et vibrant. Replongé dans les pires travers de la nature humaine, le spectateur subit de plein fouet l’effet cathartique de cette histoire qui questionne sa moralité. Le trio de tête révèle une finesse dans un jeu à la gloire de ce qui a fait la renommée des acteurs et actrices français. Expérience totale, Adieu Monsieur Haffmann comblera d’autant plus les adeptes de belles plumes et dénouements marquants. 

4

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