Critique de Affamés

Un film de
Scott Cooper
Sortie
17 novembre 2021
Diffusion
Cinéma

Réalisateur et scénariste caméléon, enchaînant les œuvres et les genres cinématographiques, Scott Cooper reste fidèle à lui-même en proposant Affamés, un film d’horreur singulier après le crépusculaire western Hostiles. Adaptant la nouvelle The Quiet Boy de Nick Antosca, l’ancien acteur américain, certes peu prolifique, confirme peu à peu une filmographie de qualité. Bien que plus confidentielle que certains de ses contemporains.

Julia, institutrice dans une petite ville minière de l’Oregon, découvre qu’un de ses élèves est victime de son père et de son frère. Elle va alors enquêter avec son frère Paul, le shérif local. Ils vont découvrir un secret surnaturel aux conséquences terrifiantes.

Noir c’est noir

Immisçant sa caméra dans les recoins les plus sombres de la petite ville où tient place son intrigue, au sens propre comme au figuré, le cinéaste américain propose des plans d’une beauté saisissante sans abuser des effets de style. Laissant à la mise en scène pleine chance de se déployer et au travail d’ambiance, essentiel, de se mettre en place. Travail d’ambiance par ailleurs parfaitement complété par la photographie de Florian Hoffmeister, plus actif sur le petit écran jusqu’à présent, mais dont le jeu de clair-obscur constant apporte une véritable touche organique à l’image. Le ciel pluvieux de l’Oregon n’empêche plus les protagonistes d’éviter la violence même en plein jour, ni les rideaux des demeures familiales où se joue le véritable drame que notre héroïne, Julia (Keri Russell), doit résoudre.

La qualité de l’œuvre se trouve aussi dans l’articulation-même des éléments horrifiques, en prenant soin de s’éloigner des clichés et incohérences parfois habituels du genre. Le réalisateur-scénariste semble lui-même en jouer, mettant en scène l’amorce attendue d’un gimmick, avant de laisser la chute être tout ce qu’il y a de plus cohérent. Une qualité qui ne devrait pas être soulignée idéalement, mais qui se révèle au combien importante dans un genre si calibré. Même si, pour contrebalancer, la narration peut sembler patiner au milieu du film avec une construction opposant le suivi de Julia puis celui de Lucas. Ce qui la balise trop, sans pour autant rompre avec l’ambiance.

© Fox Searchlight Pictures

Dans l’antre de la bête

Se démarquant des héroïnes classiques du genre devant affronter le mal pour s’en sortir, Julia a déjà été victime de son drame personnel, seule. Elle se donne alors pour mission de sauver celui qui peut l’être, Lucas. Et si Keri Russell offre une prestation cohérente accompagnée d’un Jesse Plemons qui n’innove pas dans un rôle secondaire plutôt sympathique, la performance du jeune Jeremy T. Thomas est bouleversante de justesse. Elle renforce un rôle d’enfant de qualité : écrit à jeu égal avec ses partenaires adultes, sans condescendance, mais avec d’une vraie complexité.

Récit jouant sur les non-dits, assez évocateur et critique sur la non prise en charge des enfants en danger dans le cercle familial, le film porte un discours très rarement vu au cinéma. Cette conjugaison du drame humain profond et de la terreur fantastique, qui prend progressivement place au cours du film, n’est pourtant pas sans rappeler le cinéma espagnol qui s’est démarqué par cette sensibilité. On pense par exemple à Mama d’Andrés Muschietti ou encore Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. Rien de surprenant d’y voir alors le cinéaste mexicain à la production. Outre cette originalité dans le traitement du genre pour un film américain, la tournure plus fantastique du récit prend ses racines dans le folklore nord-américain qui, de façon surprenante, avait pour l’instant plus été exploité par les jeux vidéo que le cinéma grand public. Un incontestable rafraîchissement dans les figures de monstre.

Poignant et à l’ambiance d’une angoisse saisissante, Affamés réussit son objectif dans la lignée des drames fantastiques et horrifiques. Porteur d’un message fort sur un sujet sensible peu abordé au cinéma, le long-métrage appuie son fond d’une qualité graphique d’une vraie beauté. Tout en proposant une introduction originale dans le bestiaire du cinéma américain, qui en manque cruellement aujourd’hui.

3.5
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