Critique de After Blue (Paradis sale)

Un film de
Bertrand Mandico
Sortie
16 février 2022
Diffusion
Cinéma

Après plusieurs courts et quelques moyens, Bertrand Mandico se lance dans le long-métrage en 2018 avec le très remarqué Les garçons sauvages. Salué par la critique et une partie du public, ce mix entre Orange Mécanique et Sa Majesté des mouches a confirmé le passage au format long, sans perdre en rythme, en mysticisme et en créativité artistique. En ce début d’année, Bertrand Mandico tente une seconde incursion sur le grand écran avec After Blue (Paradis Sale), un western teinté de science-fiction !

La force de Mandico réside dans ses univers hallucinés où sexualité, éveil des sens et porosité des genres se confondent. Ces dernières années, une génération contemporaine de cinéastes de l’esthétique a émergé. Dans leurs rangs on compte Nicolas Winding Refn, David Lowery, Gaspar Noé mais également Bertrand Mandico. Cette recherche d’un style singulier représente un des principaux reproches targués par leurs détracteurs. Souvent réduits à des « cinéastes bobo », des « poseurs » ou des « prétentieux », l’ensemble sert surtout à dénigrer des choix artistiques forts, qu’ils soient justifiés ou non.

Dans un futur lointain, sur une planète sauvage, Roxy, une adolescente solitaire, délivre une criminelle ensevelie sous les sables. A peine libérée, cette dernière sème la mort. Tenues pour responsables, Roxy et sa mère Zora sont bannies de leur communauté et condamnées à traquer la meurtrière. Elles arpentent alors les territoires surnaturels de leur paradis sale…

Un trip halluciné

Alors que Les garçons sauvages profitait d’un univers fantasmé, abstrait et sensuel, celui d’After Blue le dépasse en tout point et prolonge les limites posées jusqu’alors dans l’oeuvre du cinéaste. De son cadre de science-fiction, il décuple l’étrangeté de ses décors, tout aussi sexualisés les uns que les autres. Arbres phalliques, fleurs suintantes et fluides étranges se côtoient dans un paradis dionysiaque où règne luxure et tristesse. La quête initiatique de Roxy et sa mère, bien qu’habituelle, n’en est pas moins fascinante tant elle permet une plongée progressive dans les méandres hallucinés de cette planète vaporeuse.

On y découvre une société rongée par la jalousie, la violence et l’ignorance qui forcera les personnages à entreprendre un voyage à la croisée des genres. Et c’est ici que repose la principale force du film. Là où Les garçons sauvages suivait un récit fantastique, After Blue mêle western, science-fiction et film post-apocalyptique dans un mélange de références évidentes et fascinantes. Un brin de Planète sauvage et beaucoup d’El Topo saupoudré d’un peu de Femme scorpion, voici la recette idéale de Bertrand Mandico pour un film de genre réussi.

© Paname Distribution, UFO

Une ode au cinéma artisanal

Afin de réaliser un tel film avec un budget limité, le réalisateur français fait à nouveau preuve d’une certaine inventivité. En lieu et place d’effets numériques coûteux, des prothèses, superpositions d’images, projections et autres lumières hallucinées suffisent à dresser un univers étrange et dépaysant. Ce pari pourra déstabiliser certains néophytes mais une fois l’étrangeté acceptée, il est fascinant de découvrir tous ces artifices mis en place par un réalisateur à la créativitée artisanale folle. Une matérialité d’autant plus ludique qu’elle se fait rare de nos jours.

Même si cela fait parti des principales critiques assénées à Bertrand Mandico, il est indéniable de constater son amour non simulé pour un cinéma organique, à la fois proche et lointain du réel. Cette confrontation de matières, teintée d’un érotisme constant et bercée par les douces voix féminines aux accents dépaysants, font de ce cinéaste un des plus audacieux et singuliers de sa génération.

After Blue (Paradis Sale) interroge et laisse parfois sans voix. Bien plus complexe et jusqu’au-boutiste que son précédent film, il peut déconcerter ceux qui découvrent l’oeuvre de son auteur. Pour les autres, il s’agit d’un réel trip, loin d’être parfait mais dont les faiblesses sont excusées. Malgré des références parfois trop présentes et quelques longueurs, le visionnage du deuxième film de Bertrand Mandico est suffisamment riche et ludique pour permettre à son spectateur un voyage fascinant dans des rêveries sensuelles et poétiques.

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