Critique de Cry Macho

Un film de
Clint Eastwood
Sortie
10 novembre 2021
Diffusion
Cinéma

Dans l’imaginaire collectif, Clint Eastwood reste le principal archétype du cow-boy charismatique, dans un certain prolongement de John Wayne. Bourru, misogyne et parfois raciste, Clint s’est construit un personnage avec lequel il a souvent joué, que ce soit devant ou derrière la caméra. Si le final de Gran Torino avait tout d’un exceptionnel chant du cygne pour sa carrière d’acteur, le réalisateur américain est repassé devant sa caméra neuf ans plus tard avec La Mule. Mais c’est en 2021, alors âgé de 91 ans, que Clint Eastwood revêt de nouveau son stetson pour se muer en vieux cow-boy touchant de fragilité dans Cry Macho.

Mike, star déchue du rodéo, se voit confier une mission a priori impossible : se rendre au Mexique pour y trouver un adolescent turbulent et l’amener jusqu’au Texas. Il lui faudra pour cela affronter la pègre mexicaine, la police et son propre passé.

Ballade d’un vieil homme

Dans Cry Macho, plus que dans nul autre film, Clint Eastwood semble accepter son âge avancé. Il est alors touchant de voir une ancienne gloire du rodéo déambuler péniblement, le dos vouté, la voix rocailleuse et la peau cisaillée à la serpe du temps. On touche même au sublime lorsque, par instants, la photographie ou la mise en scène épousent parfaitement ce postulat. C’est notamment le cas lors de deux scènes resplendissantes de beauté. La première, brève mais très évocatrice, fait disparaître progressivement la silhouette de Mike dans un magnifique coucher de soleil. Le personnage, l’acteur et le réalisateur sont alors au crépuscule de leur vie, tout en ne faisant qu’un avec le décorum qui les a propulsé sur le devant de la scène.

La deuxième, montre l’unique moment de faiblesse de Mike dans le film. Alors retranché dans une petite chapelle mexicaine avec le jeune Rafo, le vieil homme se livre dans une « confession » des plus émouvantes. En un seul plan et grâce au jeu d’ombre sur son visage, Clint laisse s’échapper une larme discrète sur sa peau. Cet élan de fragilité et de bienveillance va d’ailleurs être filé tout au long du récit pour faire de son personnage un vieil homme calme, respectueux et honnête. Malheureusement, l’écriture hasardeuse de Cry Macho va gâcher toute cette caractérisation…

Écriture inconstante…

Le duo de scénaristes Nick Schenk et Richard Nash (auteur décédé du livre dont le film est l’adaptation) use de dialogues dispensables ou de scènes maladroites. Par conséquent, bon nombre de personnages expliquent leurs actes au détriment d’une mise en scène parfois trop simple. Cela fait donc tomber Cry Macho dans une certaine facilité d’exposition où le passé des protagonistes est expliqué en détails. Forcés, maladroits et inintéressants, ces dialogues rentrent en opposition avec le reste du long-métrage, bien plus qualitatif lorsque l’image se suffit aux mots. Ce mutisme évite également le cabotinage de quelques membres de la distribution, dont le surjeu constant peut finir par lasser le spectateur.

Parallèlement à cela, les scénaristes usent et abusent de rebondissements ou de choix scénaristiques plus que discutables. Péripéties absurdes, choix très étonnants et romances forcées sont alors au rendez-vous, donnant à ce récit initiatique une allure de série B romantique… C’est d’autant plus dommage lorsque l’on constate la puissance de certaines séquences dans leur simplicité, leur naturalisme. Voir un vieux Clint Eastwood apprendre à un jeune apprenti à dresser des chevaux et à s’assagir est une structure certes déjà vu, mais efficace. Il n’y avait donc pas besoin de noyer ce point de départ avec plusieurs axes commencés, mais pas terminés, et quelques coïncidences familiales (on pense à l’aubergiste et son idylle à la différence d’âge astronomique).

Il ne faut pas attendre trop de choses de Cry Macho, au risque d’être déçu, mais quelques aspects de mise en scène et le jeu de Eastwood nuancent le bilan. Ce n’est donc pas un film mauvais, mais moyen et incomplet. Les fans du réalisateur américain auront d’ailleurs beaucoup de mal à le juger négativement, tant l’acteur et le réalisateur sont touchants dans la démarche. Il reste cependant triste et dommage de se dire que la carrière de ce géant américain risque de se finir sur ce film en demi-teinte…

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