Critique de Doctor Strange in the Multiverse of Madness

Un film de
Sam Raimi
Sortie
4 mai 2022
Diffusion
Cinéma

Après le succès triomphal de Spider-Man : No Way Home, Marvel compte bien capitaliser sur l’ouverture offerte par Sony, et son homme araignée, pour s’engouffrer dans le puits sans fond des univers parallèles. Chanceux que nous sommes, c’est le nôtre qui marque le retour de Sam Raimi derrière la caméra, neuf ans après son dernier film et son incursion dans un autre univers : celui de Le Monde fantastique d’Oz. Ce retour aux sources est d’autant plus intriguant qu’il intervient après un premier opus rafraîchissant de Scott Derrickson, débarqué de cette suite en cours de route pour « différends créatifs ».

Dans ce nouveau film Marvel Studios, l’univers cinématographique Marvel déverrouille et repousse les limites du multivers encore plus loin. Voyagez dans l’inconnu avec Doctor Strange, qui avec l’aide d’anciens et de nouveaux alliés mystiques, traverse les réalités hallucinantes et dangereuses du multivers pour affronter un nouvel adversaire mystérieux.

Vers l’infini et au-delà

C’est un projet ambitieux que porte Sam Raimi : poursuivre une nouvelle phase de l’univers Marvel, encore à ses balbutiements, avec l’introduction des multivers. Ambitieux mais risqué, alors que ses contours demeurent toujours aussi flous pour qui ne serait pas un incollable des comics. Pourtant, rien de plus logique que d’aborder les réalités multiples dans un long-métrage Dr. Strange avec une utilisation plus approfondie que les prémices de No Way Home. Si Doctor Strange in the Multiverse of Madness s’inscrit donc dans un grand ensemble, il est l’occasion de revenir à des films qui peuvent s’apprécient en soi, sans être parasité par la connexion directe avec WandaVision ou le reste du MCU.

L’annonce de Sam Raimi à la réalisation avait nourri de grandes attentes alors que le cinéaste est à l’origine de la trilogie originelle culte Spider-man. Mais le cahier des charges de Marvel est lourd à porter et à l’instar de Chloé Zaho avec Les Éternels, si sa patte transparaît dans les fulgurances de réalisation et que son style à la fois kitch et jouissif s’accorde parfaitement avec l’univers comics, un sentiment d’inabouti imprègne le visionnage. L’angle parfois horrifique et toujours baroque de cet affrontement entre Strange et la Sorcière Rouge réussit très bien à Raimi et pouvait donner lieu à un style totalement différent dans le MCU, mais les tentatives d’installer une véritable ambiance pesante semblent un peu vaine face à la nécessité de placer intrigue et galerie de personnages – fan service et multivers obligent – dans une contrainte de deux heures. Néanmoins, la réalisation remplit sa part du contrat, malgré le peu de soutien de certains effets visuels, ramenés aux meilleures années de la Playstation 2. Des écueils en partie pardonnés grâce à une direction artistique toujours aussi créative et des espaces ludiques, colorés, qui manquaient cruellement dans cette nouvelle phase du Marvel Cinematic Universe.

© Walt Disney, Marvel

La popularité exacerbée de Wanda Maximoff depuis la série WandaVision donnait l’espoir d’un vrai enjeu dramatique, plus humain mais aussi plus puissant que ce qui a pu être vu hors fin du premier cycle. Et par là même, l’émergence d’une antagoniste sûrement plus digne d’intérêt que le héros qu’elle affronte. Son personnage souffre certes d’incohérences inhérentes aux récits Marvel, dont sa surpuissance qui dépasse les capacités de Michael Waldron au scénario, mais c’est l’artificialité des avancées de l’intrigue qui donne de quoi grincer des dents. Un personnage a été profondément trahi ? Une simple demande de confiance un peu appuyée peu le faire plier. Un élément clé a été détruit ? Il était en fait une simple copie, et un personnage avait évidemment connaissance de la manière de se procurer l’original depuis le début…

Et ainsi avance la narration, tiraillée entre deux dialogues d’une pauvreté émotionnelle dommageable. C’est d’autant plus regrettable alors que Benedict Cumberbatch et Elizabeth Olsen semblent toujours prendre autant de plaisir à participer à cet univers, avec deux personnages aux antipodes d’un spectre moral, mais aux motivations parfaitement cohérentes avec ce qui les caractérisent. En parallèle, l’arc d’America Chavez semble bien faible et simple prétexte à cet affrontement, tout comme l’appel à un multivers, bien trop ambitieux.

Doctor Strange in the Multiverse of Madness est peut-être moins ambitieux et singulier dans le Marvel Cinematic Universe que son prédécesseur, mais il conserve l’essence du premier : un univers fantasque appuyé par la réalisation de Sam Raimi dont on reconnaît les gimmicks habituels et qui servent encore pleinement une adaptation d’un univers de comics. Les partis pris horrifiques et parfois graphiques auraient mérité une plus grande liberté pour proposer un long-métrage véritablement unique. On se retrouve alors divisé entre un divertissement généreux, aux enjeux prenant parfaitement appui sur ses deux personnages de tête et la faiblesse du scénario et des dialogues. Qui sortent le spectateur du film, bien malgré lui.

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