Critique de La Mission

Un film de
Paul Greengrass
Sortie
10 février 2021
Diffusion
Netflix

Inspiré du roman News of the World de Paulette Jiles, Paul Greengrass nous propose La Mission, un western dramatique qui retrace l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Entre la conquête des terres indiennes et l’esclavage, le réalisateur de la saga Jason Bourne expose ici une réalisation sobre et efficace pour mettre en valeur le jeu de Tom Hanks et Helena Zengel.

Initialement prévue pour nos beaux sièges en velours rouge, cette production Universal sort finalement sur Netflix, qui se charge de présenter ce film aux yeux du public. C’est sans grand bruit que nous apparaît La Mission, mais il est certain que la figure Hanksienne constitue un tremplin majeur qui pourrait élever sa notoriété.

Cinq ans après la fin de la Guerre de Sécession, le capitaine Jefferson Kyle Kidd, vétéran de trois guerres, sillonne le pays de ville en ville en qualité de rapporteur publique et tient les gens informés, grâce à ses lectures, des péripéties des grands de ce monde, des querelles du gratin, ainsi que des plus terribles catastrophes ou aventures du bout du monde. En traversant les plaines du Texas, il croise le chemin de Johanna, une enfant de 10 ans capturée 6 ans plus tôt par la tribu des Kiowa et élevée comme l’une des leurs. Rescapée et renvoyée contre son gré chez sa tante et son oncle par les autorités, Johanna est hostile à ce monde qu’elle va devoir rejoindre et ne connait pas. Kidd accepte de la ramener à ce domicile auquel la loi l’a assignée. Pendant des centaines de kilomètres, alors qu’ils traversent une nature hostile, ils vont devoir affronter les nombreux écueils, aussi bien humains que sauvages, qui jalonnent la route vers ce que chacun d’entre eux pourra enfin appeler son foyer.

L’Histoire avant l’histoire

Malgré un début lent et peu saisissant, La Mission tire finalement parti d’un contexte historique pertinent. Mais dès le début du récit, on rencontre des difficultés pour comprendre pleinement les personnages et leurs enjeux. La réalisation n’est pas subtile, l’intrigue a du mal à démarrer et les séquences sont trop répétitives et sans relief. Cependant, les détails de réalisation, de mise en scène et d’habillage immergent pleinement, c’est d’ailleurs son grand point fort. Mais cette fracture rapproche plus le film d’un documentaire historique que d’un récit d’aventure qui sait retenir l’attention. C’est d’autant plus dommage avec un Tom Hanks est en tête d’affiche.

Le contexte historique si bien rapporté est ce qui fait vraiment vivre le film. La contextualisation est claire, les mentalités de l’époque et les fractures entre les populations sont très justement retranscrites avec des éléments subtils et percutants. De plus, le travail sur les costumes, les maquillages et les décors est admirable : ils font naître une atmosphère particulière qui renvoie dans le temps.

Des hauts et des bas

Malgré un résultat global peu concluant, Paul Greengrass surprend parfois avec quelques intrigues secondaires saisissantes qui parviennent à tenir le spectateur en haleine, ainsi que de belles images contemplatives accompagnées d’une musique qui les met en valeur. La qualité de jeu des acteurs et actrices, qui savent parfaitement s’imprégner de leurs rôles et des enjeux qui leurs appartiennent, n’est pas en reste. On s’attache aux personnages et on se laisse emporter par lesdits enjeux, malgré quelques poncifs et moments prévisibles.

Rappelons que le film est tiré d’un roman, News of the World de Paulette Jiles, ce qui constitue un enjeu majeur à relever. En effet, à vouloir trop rester fidèle aux écrits, Greengrass en oublie toute l’importance des visuels : les cadres sont maladroits, les couleurs et les contrastes sont peu élaborés et les séquences contemplatives sont trop courtes. Aussi, outre ses sommets narratifs et le jeu d’acteur excellent, La Mission est un film creux et insipide. Il y manque un travail visuel et une cohérence dans l’enchaînement des actions. On se retrouve alors face à une histoire décousue, malgré une intrigue de départ intéressante.

De fait, le film est plus un tableau historique qu’autre chose, malgré quelques bons éléments. Une succession d’actions trop pauvres et trop creuses, une musique trop absente et un travail visuel trop fade ne permettent pas à La Mission d’être un bon film complet. Il aurait peut-être fallu que Paul Greengrass mette un peu plus de côté la fidélité au roman pour laisser vivre la beauté de sa réalisation. Sa dimension documentaire et le jeu de Tom Hanks en font un moment de visionnage appréciable, mais l’ensemble peine à séduire.

La Mission est disponible depuis le 10 février sur Netflix.

2.5
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