Cannes 2021 : Critique de Les Magnétiques

Un film de
Vincent Maël Cardona
Sortie
10 novembre 2021
Diffusion
Cinéma

C’est indéniable : un vent de fraîcheur incarné par une jeunesse éclectique a soufflé sur ce 74e Festival de Cannes. Le plus sérieux concurrent à cette palme de l’ardeur est sans aucun doute Les Magnétiques de Vincent Maël Cardona, film punk français mêlant l’élection de Mitterrand avec le rock, la new wave et les radios pirates. Présenté à La Quinzaine des Réalisateurs, le film est reparti avec le prix SACD et la sympathie des festivaliers.

Une petite ville de province au début des années 80. Philippe vit dans l’ombre de son frère, Jérôme, le soleil noir de la bande. Entre la radio pirate, le garage du père et la menace du service militaire, ils ignorent qu’ils vivent là les derniers feux d’un monde sur le point de disparaître.

Dans un genre dominé depuis des années par le cinéma anglo-saxon, l’existence même de Les Magnétiques relève du petit miracle. Écrit par un collectif de six scénaristes, le film se revendique de cette génération née dans les années 1980 et dont l’approche sur la décennie relève principalement du souvenir fantasmé. Un fantasme assumé qui apporte à l’histoire une saveur particulière, quasi hors-du-temps, malgré son appartenance très marquée à cette période historique. Une force qui permet au film de puiser dans l’explosion artistique incarnée par cette vague punk, et insuffle une énergie libératrice dans cet amour impossible sur fond de Joy Division.

© Céline Nieszawer / Srab Films, Easy Tiger

No future

Au cœur du film, il y un trio amoureux que Vincent Maël Cardona utilise évidemment comme créateur de conflits mais qui, de manière habile, permet de caractériser les différents mouvements politiques et musicaux de l’époque. En entremêlant un propos sur la ruralité, la masculinité et la famille, le film semble plus actuel que jamais dans sa peinture d’une époque de basculement total : plus rock, on meurt. Pour incarner cette lourde tâche, trois grands acteurs et actrices en devenir : Thimotée Robart, Marie Colomb et Joseph Olivennes.

Premier film, Les Magnétiques convainc également par sa réalisation maîtrisée et précise qui prend son envol dans une incroyable scène de mix en direct à la radio. La caméra de Cardona nous rappelle les débuts de Danny Boyle et nous emporte avec sa dynamique léchée. Tourné en numérique avec les objectifs de l’époque, le film sait constamment ce qu’il vise et se donne les moyens de réussir. Un ensemble dynamique et profondément moderne dans son parallèle avec notre époque, qui prouve qu’un autre cinéma français grand public est possible.

Impressionnant, ce tour de force l’est d’autant plus qu’il est une véritable révélation d’un auteur à son image : passionné et passionnant. Intensément rock, Les Magnétiques épate par son énergie créatrice libre et inspirée. Conte contemporain d’une époque pas si révolue, le film aborde avec brio la prise de parole et on espère que le message résonnera sur les ondes chez les plus jeunes d’entre nous pour en inspirer d’autres après lui.

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