Cannes 2021 : Critique de Les Olympiades

Un film de
Jacques Audiard
Sortie
3 novembre 2021
Diffusion
Cinéma

Six ans après sa Palme d’or pour Dheepan, Jacques Audiard présente Les Olympiades en compétition de ce 74e Festival de Cannes. Adapté de trois comics de l’auteur américain Adrian Tomine, le film aborde l’amour au 21ème siècle. Collaborateur régulier du New Yorker, Tomine, en plus d’être mis en image par Audiard, voit son adaptation co-signée par Céline Sciamma et Léa Mysius.

Paris 13e, quartier des Olympiades. Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils sont amis, parfois amants, souvent les deux.

L’amour au cinéma, omniprésent, reste pourtant un piège pour toutes et tous les cinéastes qui, un jour, s’y sont essayés. C’est finalement la télévision qui nous a offert les plus belles œuvres sur le sujet : on pense évidemment à Fleabag, Normal People, Euphoria ou encore Modern Love. Les raisons de ce succès sont multiples mais une narration plus étirée permet de construire un amour plus crédible et durable, pour les personnages comme pour nous. Un luxe que ne recherche pas Audiard et ses 1h46 au compteur pour Les Olympiades, pari osé qui ne laisse la place à aucun temps mort dans la construction d’un trio amoureux souvent intriguant mais jamais consistant. Car malgré des personnages intéressants, l’ensemble a du mal à prendre et à s’ancrer durablement dans un récit qui se veut aussi multiple que ses amours.

© Shanna Besson

Il ne s’agit pas d’aimer mais de préférer

Le film tire son nom du quartier du même nom à Paris, symbole de la rénovation urbaine des années 1970 il est également connu pour sa mixité sociale sa communauté asiatique. Un titre en trompe l’œil car le quartier n’est finalement qu’une toile de fond dans l’adaptation des comics américains. Un angle intéressant mais qui déçoit dans l’utilisation finalement très superficielle de la géographie de l’endroit. De ces longs immeubles filmés en noir et blanc ne seront exploités que de rares espaces. Plus métaphorique, Les Olympiades fait infuser la mixité et la jeunesse de son quartier dans son propos sur le polyamour, une belle idée qui n’était pourtant pas antinomique des points précédents.

Pour incarner un propos qui se veut plus moderne que ce que les dialogues laissent paraître, Audiard fait le choix de la jeunesse. Révélation du film, Lucie Zhang donne la réplique à Makita Samba et Noémie Merlant. Un trio qui fonctionne à merveille dans ce qu’il a d’attachant et d’agaçant, car de ces trois personnages distincts va naître une alchimie communicative embellie par la bande-originale électrisante de Rone.

Réjouissant dans sa fougue communicative, Les Olympiades reste mineur dans la filmographie de Jacques Audiard. Ses dialogues très écrits et sa réalisation en recul empêchent le film d’embrasser pleinement son potentiel. Mais malgré cela, le long-métrage gagne de cette confidentialité l’intimité qu’il donne à la légère chronique amoureuse de ses personnages perdus. Très terre à terre, le film d’Audiard nous emporte dans sa douceur idyllique et assumée.

3.5
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