Critique de Pig

Un film de
Michael Sarnoski
Sortie
27 octobre 2021
Diffusion
Cinéma

Michael Sarnoski a d’abord fait ses armes en tant que réalisateur, monteur et scénariste sur différents projets. Que ce soit avec son documentaire The Testimony, son court-métrage Love of the Dead ou sa série Olympia, le metteur en scène a acquis une expérience certaine avant de se lancer dans la réalisation de Pig, son premier long-métrage. Présenté au public dans le cadre du Festival du cinéma américain de Deauville, Pig éveille la curiosité avec son synopsis étonnement proche de la firme John Wick. Clivant dans ses choix assumés, le film déçoit par son manque d’action et intrigue dans sa douceur inattendue.

Un chasseur de truffes vit en ermite dans la nature sauvage de l’Oregon, quand l’enlèvement de sa truie truffière le pousse à retourner vers la civilisation à Portland où il devra faire face aux démons de son passé…

Un scénario surprenant

Malgré de fortes similitudes avec la trilogie d’action de Chad Stahelski, Pig se démarque par sa douceur et son intimisme. Alors que nous pouvions nous attendre à une quête vengeresse teintée d’ultra-violence, le scénario amène le spectateur dans des recoins bienvenus et surprenants. Les mains ne sont plus celles qui frappent mais celles qui nourrissent, et le sang versé est remplacé par les ingrédients d’une cuisine raffinée. Malheureusement, celle-ci n’est pas suffisamment sublimée par la mise en scène qui reste assez banale lors de la préparation des plats.

Mis à part la photographie chaleureuse, ces séquences restent assez plates et finalement dispensables. C’en est d’autant plus dommage lorsque l’on pense aux innombrables possibilités qu’offre la cuisine gastronomique en terme de cinéma, et ce malgré un amusement certain dans la vision du personnage bourru campé par Nicolas Cage. Un ancien chef étoilé dont la rudesse physique dénote avec la subtilité culinaire. Mais encore une fois, passé la surprise vient l’incohérence d’une homme à la fois violent, raffiné, taiseux, proche de milieux clandestins, sensible mais également misanthrope.

© David Reamer

Western moderne

Si le film peut paraitre lent à certains instants, il s’en dégage en réalité un prolongement du western dans un cadre moderne. Que cela soit par ses topos, son synopsis ou l’aspect de son personnage principal, Pig brille dans son rapport à la nature. Un ermite truffier dont la barbe et le caleçon intégral le situent en pionnier de la conquête de l’Ouest. L’or est ainsi remplacé par la truffe dont la valeur reste équivalente dans cette région, avec toutes les convoitises les plus viles et cruelles qui peuvent y être liées. En reprenant cette imagerie, le pari de remplacer la jeune femme en détresse par une truie était osé, mais il s’avère plutôt cohérent et efficace dans sa construction.

Malheureusement, le début très taiseux, proche de la nature et magnifique de simplicité ne dure pas. Il aurait été préférable de s’attarder plus longuement sur le quotidien de cet homme reculé, solitaire et énigmatique. Sur son rapport à la faune et à la flore, ses cueillettes, etc… Finalement, tout n’est qu’exposition avant de basculer dans un environnement urbain, certes surprenant mais bien moins intéressant.

Pig reste audacieux dans son fond mais inégal dans sa forme. Même s’il parvient à prendre le spectateur à revers, ses axes ne sont pas suffisamment poussés. En voulant à tout prix rester dans de l’intime et de l’inédit, il se noie dans un ensemble finalement peu cohérent. La lenteur du début s’exporte vers la ville sans réellement relever le récit et le spectateur finit donc par suivre une quête qui pouvait être intéressante, mais qui s’avère lassante et terre à terre… Y germe malgré tout des éléments intéressants qui donnent envie de voir la suite de la carrière du jeune metteur en scène.

3
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