Critique de Revoir Paris

Un film de
Alice Winocour
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Diffusion
Cinéma

FESTIVAL DE CANNES 2022 – Après avoir dépeint le parcours moderne d’une femme prise entre son rôle de mère et ses ambitions spatiales dans le trop sous-estimé Proxima, Alice Winocour propose cette fois-ci celui d’un personnage emporté dans un évènement qui le dépasse. Hommage à son frère rescapé du Bataclan et à toutes les victimes de l’attentat parisien, Revoir Paris suit les destins croisés de survivants d’un attentat fictif mais très palpable, entre deuil de soi et des autres.

À Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

Pleinement en phase avec la signification de l’affiche de la Quinzaine des réalisateurs, la réalisation de Revoir Paris vient à la fois s’effacer et compléter le propos. Avec un découpage qui cisèle les moindres souvenirs, les moindres regards, Winocour maîtrise au mieux sa caméra pour revenir aux fondamentaux de la réalisation : l’empathie par l’image. D’une grande efficacité et, comme on l’attendait pour le sujet, sans pathos aucun. Le potentiel du montage et du travail sur le son est ici pleinement exploité : ils éveillent les sens du spectateur, en communion avec les personnages, dans un besoin presque instinctif de repères. Des images fugaces ou le ronronnement de la pluie deviennent alors aussi des fantômes à apprivoiser.

Réparer les vivants

D’un sujet déjà riche, Revoir Paris ne s’arrête pas là et traite aussi en filigrane, mais avec tout autant de justesse des oubliés des terrasses et des salles parisiennes : les travailleurs sans papiers. Sans s’attarder mais sans sous estimer non plus le sujet, le scénario écrit en collaboration avec Marcia Romano et Jean-Stéphane Bron amène habilement cette question. Le film met également les pieds dans le plat en replaçant l’humain au cœur du statut de victime dans tout ce qu’il peut avoir d’absurde, d’imparfait voire d’affligeant. En suivant le personnage de Mia, simplement comme une femme qui tente de vivre pas à pas à travers sa quête impossible, le long-métrage réussit là où beaucoup échouent en portant ce type de mémoire : rien ne sert de désigner ou non les héros, seuls compte les fragments d’un instant pour mieux se les réapproprier. Il aurait été d’ailleurs intéressant d’approfondir le personnage de Benoît Magimel, mémoire vivante bien malgré lui qui distribue ses souvenirs pour mieux les oublier. Peut-être était-ce pour laisser plus de place à Virginie Efira, à son regard qui imprime l’écran et à l’un des rôles de sa vie. Comment le reprocher ?

Revoir Paris est un portrait puissant et d’une grande finesse qui ne cherche pas à être le relai d’une parole universelle. En suivant les prémices d’une reconstruction, qui ne saurait être condensée dans un film car le travail de toute une vie, l’œuvre de Winocour confirme le talent rare de sa réalisatrice pour toucher juste à chaque plan. C’est tout simplement le meilleur film que l’on pouvait faire sur le sujet.

4.5

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