Cannes 2021 : Critique de Stillwater

Un film de
Tom McCarthy
Sortie
22 septembre 2021
Diffusion
Cinéma

Fort de ses différentes sections et d’une posture qu’il aime à entretenir, le Festival de Cannes ne tourne pour autant jamais le dos au glamour et aux stars américaines quand l’occasion se présente. Et quelle belle occasion que Stillwater, nouveau film de l’oscarisé Tom McCarthy, victorieux de la statuette du meilleur film en 2015 pour Spotlight, avec Matt Damon et Camille Cottin.

Stillwater met en scène un foreur de pétrole, interprété par Matt Damon, qui débarque à Marseille du fin fond de l’Oklahoma, pour soutenir sa fille qu’il connait à peine mais qui purge une peine de prison, accusée d’un crime qu’elle nie avoir commis. Confronté au barrage de la langue, aux différences culturelles et à un système juridique complexe, Bill met un point d’honneur à innocenter sa fille. Au cours de ce cheminement intime, il va se lier d’amitié avec une jeune femme du coin et sa petite fille tout en développant une conscience élargie de son appartenance au monde.

Six ans après Spotlight, l’impact et le destin du film laissent une sensation étrange. Adulé par certains, décriés par d’autres : le long-métrage oscarisé de Tom McCarthy est surtout considéré comme oubliable par beaucoup. La faute, sans doute, à une réalisation très académique pour un tel sujet. Alors, quand l’intéressé nous annonce un ersatz de Taken marseillais avec Camille Cottin, cela éveille la curiosité. Une curiosité qui s’articule avant tout autour d’un personnage mutique, sorte de brute au regard meurtri. Sans savoir immédiatement où le film nous emmène, la performance de Matt Damon en roughneck (un ouvrier de plateforme pétrolière) interpelle, et pour celui qui daigne s’y laisser porter, convainc.

© 2021 Focus Features, LLC

Échec et Matt

Les américains ne sont pas les premiers quand il s’agit de chercher une quelconque fidélité dans la représentation des pays et cultures étrangères. Pourtant, Stillwater semble capter l’essence de Marseille de manière habile, en y télescopant un américain assez renfermé sur ce qui l’entoure. Critique pertinente mais subtile d’un égocentrisme assumé. Passé ce décalage ludique et assez chauvin, le film fonctionne avant tout dans l’évolution lente et difficile du personnage de Matt Damon, cherchant désespérément à innocenter sa fille. Parsemé de scènes d’actions plus ou moins réussies, le long-métrage semble se chercher par instant avant d’assumer sa principale force : la relation étrangement attachante entre ce père et sa famille marseillaise d’adoption portée par une excellente Camille Cottin.

Derrière la caméra, la maîtrise de Tom McCarthy, déjà démontrée sur Spotlight, est un véritable plaisir de fluidité. L’action est lisible, claire et s’efface pour laisser à ses actrices et acteurs l’espace nécessaire pour déployer leurs talents. Expérimenté, le réalisateur nous offre ici une petite leçon d’humilité.

Stillwater est une agréable surprise. À contre-courant de nombreux exemples récents, le film ne cherche jamais à être plus que ce qu’il nous propose, à prouver sa valeur d’une quelconque manière. Dans son honnêteté la plus simple, McCarthy livre une œuvre prenante, sans grosse surprise certes, mais avec une palette de personnages convaincante et une excursion réussie dans un genre de plus en plus délaissé ces dernières années : le thriller dramatique d’action au budget plus serré.

3.5
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