Critique de The Amusement Park

Un film de
George A. Romero
Sortie
02 juin 2021
Diffusion
Cinéma

George A. Romero reste le maître des zombies, depuis un premier film excellent bien que fauché réalisé en 1968, il a enchaîné les projets horrifiques mêlant morts-vivants et critiques acerbes de sa société. Consumérisme, médias, individualisme et discriminations raciales restent les pierres angulaires de sa filmographie.

Outre sa célèbre trilogie du mort-vivant et d’autres films plus oubliables, Romero réalise en 1973 The Amusement Park, moyen-métrage perdu jusqu’à sa récente exhumation. Véritable spot préventif contre la vieillesse, il s’agit d’une commande pour une association luthérienne. Désarçonnés face au ton pessimiste et par instants nihiliste du film, ses commanditaires refusent de le projeter. Il aura fallu attendre 2019 pour que la veuve du maître décide de le ressortir via une restauration 4K.


Alors qu’il pense passer une journée paisible et ordinaire, un vieil homme se rend dans un parc d’attractions pour y découvrir un véritable cauchemar.

Une véritable farce diabolique

Nous connaissions Romero pour son amour du cinéma de genre mais il parvient dans The Amusement Park à se jouer des registres avec une aisance impressionnante. Bien que son œuvre soit jalonnée d’humour noir, ici le metteur en scène reprend à la lettre quelques codes du cinéma muet et nous offre un véritable épisode de Charlot. Cette rupture de ton renforce par ailleurs le sous-texte, tantôt violent, tantôt grinçant, sur la condition des personnes âgées aux États-Unis. Au départ fringuant et enthousiaste, le protagoniste finit par subir physiquement et psychologiquement un système cruel et oppressant. Il semble alors déambuler comme une âme en peine dans cette fête foraine cauchemardesque.

Non seulement perdu dans ce parc d’attraction, le vieil homme est également relégué aux arrière-plans, se laissant voler le cadre par tous ceux qui l’entourent. Un détachement d’autant plus renforcé par la différence d’interprétation. Lincoln Maazel étant l’unique acteur professionnel au milieu de centaines de bénévoles, son exclusion se renforce par ses mimiques, sa diction, son jeu. Bien qu’en dehors de son style habituel, The Amusement Park joue également avec les poncifs du mort-vivant afin d’assimiler ces bénévoles à des zombies dépourvus de tout sentiment.

Une excursion étrange, parfois maladroite

Si le choix du décor comme allégorie de l’Amérique reste une de ses forces, la lourdeur de certaines séquences empêche malheureusement le film de décoller. Au lieu de profiter pleinement de l’antinomie entre l’ambiance enfantine d’une fête foraine et la folie systémique et gériatrique, le long-métrage appuie parfois son propos avec une insistance malvenue. Les segments absurdes où Romero s’amuse dans la métaphore et les registres restent savoureux mais sont rattrapés par une illustration dispensable. En outre, l’ambiance sonore oppressive et ses visuels chaotiques auraient suffi pour mettre en scène cette descente aux enfers. Malheureusement, The Amusement Park souffre par instant d’une répétition de saynètes, laissant penser à un film à sketchs. Bien qu’imaginatives dans leurs choix métaphoriques, elles restent prévisibles dans leur déroulé scénaristique. Le spectateur comprend la thèse du film, il pouvait donc se passer d’une explication en début et fin de film : la faute, sans doute, au statut de commande du projet, l’obligeant à devoir souligner encore et encore le message politique.

Ces intrusions dans la fiction gardent tout de même un intérêt et la photographie granuleuse de The Amusement Park fascine comme elle questionne. Ainsi, bon nombre de scènes donnent l’impression d’être des stock footage, de réelles images d’archive d’un parc d’attraction et rappellent au spectateur qu’il s’agit d’une fiction, renforçant l’étrangeté cauchemardesque du film.

The Amusement Park n’est pas parfait : parfois maladroit voire trop insistant, il ne faut cependant pas oublier qu’il s’agit d’une commande publicitaire, avec toute la finesse que cela implique. En surpassant cela, force est de constater qu’il s’agit d’un « Objet Filmique Non Identifié » intéressant à bien des égards. Ce petit joyau perdu puis retrouvé jouit d’une ambiance folle à la noirceur savoureuse. Humour noir, malaise et chaos règnent dans un parc d’attraction tantôt réel, tantôt fantomatique. Une farce allégorique où la peur de tout un chacun est exacerbée jusqu’à l’oppression irréversible. Non sans rappeler le décorum du Carnaval des âmes et les messages subliminaux d’Invasion Los Angeles. On ne peut que saluer et remercier Potemkine Films de distribuer cette pépite dont l’édition DVD & Blu-ray sera, encore une fois, à la hauteur !

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