Critique de Sans un bruit 2

Un film de
John Krasinski
Sortie
16 juin 2021
Diffusion
Cinéma

En 2018, Sans un bruit de John Krasinski débarquait sur nos écrans. Véritable phénomène dès sa première semaine d’exploitation, le film fut également un succès critique retentissant. Il n’en fallait pas plus pour la Paramount : ni une ni deux, John Krasinski et le casting original sont reconduits pour une suite prévue en mars 2020 pour les salles françaises, puis finalement repoussée en juin 2021, COVID oblige.

L’annonce d’une telle suite, tout aussi alléchante soit-elle, fait naître quelques inquiétudes : si l’intérêt du premier film repose essentiellement sur un concept novateur et astucieusement traité, comment ce second volet peut-t-il surpasser son concept original pour explorer de nouveaux enjeux, tout en évitant un recyclage de sa propre mise en scène ? Grande question pour un grand défi.


Après les événements mortels survenus dans sa maison, la famille Abbot doit faire face au danger du monde extérieur. Pour survivre, ils doivent se battre en silence. Forcés à s’aventurer en terrain inconnu, ils réalisent que les créatures qui attaquent au moindre son ne sont pas la seule menace qui se dresse sur leur chemin.

Le roi du silence

Dès sa scène d’introduction, Sans un bruit 2 donne le ton : une impressionnante séquence catastrophe mêlant tension et grand spectacle, voilà la recette de cette suite. Si son prédécesseur se voulait plus intimiste et oppressant de par son huis clos, cette suite libère en grande partie ses personnages, forcés à trouver un nouvel endroit pour survivre. Sans pour autant délaisser ses scènes de tensions confinées toujours aussi efficaces, le film se veut aussi divertissant, reprenant les brillantes mécaniques de mise en scène du premier. Pourtant, bien que cherchant sans cesse à surprendre son spectateur, rien ne semble jamais vraiment capable de renouveler sa mise en scène. Si le personnage de Regan, la fille de la famille Abbot, est toujours aussi brillamment interprétée par Millicent Simmonds, son utilisation symbolise par instant ce manque d’inspiration créative de John Krasinski.

Malgré tout, le réalisateur se rattrape en nous offrant un long-métrage parfaitement rythmé, ne laissant que quelques moments de répit à son spectateur. Contrairement au premier volet, Krasinski n’hésite pas à multiplier la présence des fameuses créatures avides de chair humaine. La tension horrifique apportée par ces scènes est avant tout rendue possible par le design plutôt efficaces des envahisseurs.

Cillian Murphy Sans un bruit 2

Silence, ça rouille !

Une chose est sûre, Sans un bruit 2 prend le contre-pied de son aîné. Néanmoins, certains changements viennent entacher un récit étrangement construit. En effet, dans sa dernière demi-heure, le film choisit de diviser son récit en trois fils conducteurs pour mettre en lumière chacun de ses personnages. L’idée semble intéressante, mais le résultat est clairement mitigé, le scénario finissant par se perdre dans une flopée de récits secondaires prévisibles et anecdotiques. Puisque le premier film trouvait son efficacité dans sa courte durée (une heure et demie), il n’était pas surprenant de retrouver une durée identique pour ce second film. Mais là où Sans un Bruit premier du nom concentrait son scénario et ses enjeux dans un espace réduit, Sans un Bruit 2 se retrouve piégé par son surplus d’événements secondaires, n’ayant visiblement pas le temps, ou l’envie, de les développer suffisamment pour les rendre un peu plus profonds. Par conséquent, cette suite flirte à certains moments avec le blockbuster calibré dans le seul but de divertir son spectateur, ce qui est regrettable pour un long-métrage disposant d’un concept si original.

Ce manque d’ambition est d’autant plus visible que le film ne cherche pas vraiment à faire réfléchir son spectateur. Si le casting, bien plus fourni que dans le premier film, aurait pu faire naître de nouveaux enjeux passionnants sur la cohabitation en milieu post-apocalyptique, Sans un bruit 2 préfère accumuler les personnages fonctions et anecdotiques. Pire, le film commet l’erreur paradoxale d’être inutilement bavard, alourdissant encore un peu plus un scénario bien trop imparfait.

Sans un bruit 2 avait la lourde tâche d’égaler la grande réussite du premier volet. Si ce second opus est un divertissement généreux toujours aussi bien rythmé, cette suite est également le symbole d’un essoufflement créatif de son réalisateur. Disposant de réelles ambitions sans jamais savoir comment les concrétiser, Sans un bruit 2 est une suite efficace mais bien trop paresseuse pour surpasser son prédécesseur.

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