Critique de Teddy

Un film de
Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma
Sortie
30 juin 2021
Diffusion
Cinéma

Après un premier long-métrage présenté dans la sélection ACID au festival de Cannes 2016, les frères Boukherma ont poursuivi leur ascension au sein du cercle très fermé des nouveaux réalisateurs français à suivre avec un prix du meilleur scénario à Gérardmer puis une sélection officielle à Cannes avec leur nouveau film : Teddy.

Présent donc au sein de la funeste édition 2020 qui, à défaut de tapis rouge, aura permis de mettre en lumière sa sélection, Teddy se veut un vent de fraîcheur dans le cinéma horrifique tout en remettant au goût du jour une espèce presque disparue de ce genre : le loup-garou.

Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois. Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales…

Sortir les crocs

Le moins que l’on puisse dire à la lecture du synopsis et de sa classification en comédie horrifique, c’est que Teddy a de quoi attiser la curiosité, et promet même une descente aux enfers extravagantes. À noter également : les affiches qui auront su attirer l’œil par leur jaune pop et franc et un esprit série B sortie VHS très assumé. Finalement, Teddy c’est un peu de tout cela et c’est bien ce qui fait sa grande réussite. Si le film suit les étapes qui pourraient être qualifiées de nécessaires ou déjà-vues dans les films de loup-garou, sa malédiction et ses transformations, le long-métrage en fait parfaitement prendre conscience ses personnages. Ce qui rompt avec la naiveté commune et agaçante des récits fantastiques se déroulant à l’époque contemporaine. Il va même jusqu’à l’utiliser comme ressort comique brillant, comme le montre la longue scène de consultation de Teddy chez son médecin et son incrédulité face aux symptômes suivant la morsure par la créature.

Cependant, même si le film ne se prend pas au sérieux, il s’approprie les enjeux, les inquiétudes des personnages, les scènes horrifiques et la gestion de sa caméra très sérieusement. Il évite alors l’écueil de la parodie ou même du navet méprisant comme l’était The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, lui aussi présent à Cannes mais en 2019, et devient une véritable pépite du genre : à la fois divertissante et hommage réussi.

© Les Bookmakers / The Jokers

Cachez ce monstre que je ne saurais voir

Ce qui séduit avec Teddy, c’est l’amour que porte l’équipe à son film : ses acteurs déjà, en particulier Anthony Bajon que l’on veut revoir rapidement en tête d’affiche. Son scénario aussi, pour les raisons déjà évoquées, mais également sa réalisation. Les frères Boukherma jouent parfaitement des grands environnement de la campagne pyrénéenne, de la mélancolie et du pathétique des enseignes à néon au milieu des villages que les jeunes s’empressent d’abandonner. Ils y placent la réalité de l’avenir à peu d’ambition de notre héros en pleine transformation, avec des responsabilités trop lourdes pour son jeune âge et un emploi occupé par obligation. Parce qu’au final, devenir un loup-garou n’est pas le premier de ses soucis avec une telle solitude qui se profile à l’horizon. Un sujet assez dramatique et très peu (voire pas) abordé au cinéma en France, qui se paye ici le luxe de prendre forme avec force au sein d’un vrai divertissement.

Et l’horreur dans tout cela ? Rien ne vaut la surprise de la découverte, mais il faut savoir que rien n’a été laissé de côté dans la mise en scène toute en tension et en clair obscure pour profiter de la nuit sans trop révéler de la créature. Un petit budget bien utilisé qui ne se prive pas d’un gore baroque et de suspense, ni d’un climax glaçant dont le basculement vient définitivement rompre le jeu d’équilibriste entre humour et terreur avec brio.

Teddy est une gourmandise à consommer sans modération. À la fois drôle, tragique et terrifiant, il embrasse totalement les grands films de son genre avec une maîtrise impressionnante pour un second long-métrage. En particulier en proposant des alternances de ton aussi franches, passant d’une caricature sympathique du monde rural très « grolandesque » à des scènes d’une violence assumée à la mise en scène étouffante. Un ovni (presque) tout public.

3.5
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